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Aylin

[fanfiction aion]Les amants du désert

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Aylin    1
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Les amants du désert

Lors d'un raid, Aylan, jeune pistolero asmodienne, épargne la vie d'un humain élyséen et de sa jeune soeur. Sans se douter de l'impact que va avoir cette décision des années plus tard...

Type de fiction : Romance/Aventure
 

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Prélude :

L'assaut était impitoyable.
Une grêle de feu s'abattait sur le village élyséen, le réduisant en poussière. La légion d'Argent, comme ils s'appelaient, nous avaient combattus vaillament, mais ils n'avaient eu aucune chance face à la légion de l'Etoile Pourpre dont je faisais partie, bien plus expérimentée, et bien plus puissante. Mon canon avait pulvérisé immédiatement le bâtiment de siège dans lequel ils s'étaient réfugiés, les obligeant à nous combattre dans le ciel. Ainsi avions-nous vengé les nôtres, rendant le sang pour le sang comme le voulait notre devise.
Une joie sadique parcourait mes veines, à voir les daevas aux ailes blanches s'abîmer au sol. C'était à cause des elyséens que je n'avais plus de famille, à cause d'eux que j'avais dû être élevée par mon oncle Thorn.
Ces salauds méritaient de mourir.
Pourtant, un étrange serrement de coeur me frappa, alors que j'entendais un autre bruit, à travers le crachotement des flammes et le grondement des blocs de pierre en furie.
Un sanglot. Une voix de... petite fille.
Je volai vers l'origine du son et je l'aperçus soudain. Elle était allongée au sol, pleurant toutes les larmes de son corps, la jambe coincée sous des décombres. A côté d'elle, il y avait un jeune élyséen au teint mat et à la longue chevelure chatain doré, qui essayait sans succès de déplacer les blocs. Son impuissance et les larmes de panique qui roulaient sur ses joues me nouèrent la gorge.
J'étais une guerrière, mais je n'étais pas une sadique. Et jamais je ne m'en étais pris à des civils sans défense. Pas comme certains de ma légion qui n'auraient aucune pitié même pour eux.
Priant pour que personne ne le remarque, je m'approchais d'eux. Bien évidemment, l'homme me regarda avec effroi : je devais lui offrir un spectacle terrifiant, avec mes yeux rougeoyants et mes grandes ailes couleur d'encre, toutes griffes dehors, telle l'asmodienne que j'étais. Il sortit de sa ceinture une dague et la pointa vers moi, en un geste désespéré :

- Lai... Laisse-nous ! Je n'hésiterai pas !

Ses grands yeux verts brillaient de la détermination la plus féroce, ce qui m'émut d'autant plus. La petite fille lui était visiblement très chère, et il était prêt à tout pour la défendre, même à s'attaquer à une Daeva, sachant très bien qu'il n'avait aucune chance. Néanmoins, je n'avais pas le temps de me montrer rassurante :

- Si tu veux que ta fille vive, elyséen, range ce couteau et laisse-moi déplacer ce bloc. Elle est coincée, sa jambe est probablement cassée. Tu n'as pas assez de force ; mais moi, si. Décide-toi vite : si mes camarades arrivent, eux, ils ne seront pas si serviables !

Il ouvrit des yeux ronds, mais n'hésita qu'une seconde. Il rangea son arme ridicule et s'écarta. Aussitôt, je m'emparai du rocher. Il était lourd, mais pas assez pour une daeva de ma constitution. Même si je n'étais pas aussi musclée que les gladiateurs de ma légion, j'avais une force bien supérieure à la moyenne des humains ordinaires, comme tout daeva qui se respecte. Je retirai donc le poids et le jetait au loin. Je prie également un sachet dans ma poche et le jetait vers le jeune homme :

- Tiens, c'est de l'odella. Cela devrait la soulager le temps que tu trouves un guérisseur. Maintenant, partez, vite !

Il eut tôt fait de soulever la petite fille dans ses bras. Avant de partir, il me jeta un dernier regard et j'eus la surprise d'entendre un mot de sa part :

- Merci... Merci infiniment, malgré... tout...

Par les Seigneurs Shédims. J'aurais préféré qu'il m'insulte. Je n'aurais pas eu cet étrange noeud de culpabilité dans l'estomac. Car le fait était là : c'était potentiellement moi qui avait détruit sa maison, ou alors mes autres collègues pistolero. Néanmoins, je n'eus pas le temps de ruminer davantage : j'entendis en effet le cor sonnant la retraite.
Je disparus alors dans la fumée.

 

 

Edited by Aylin

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Aylin    1
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Chapitre 2 :

Dix ans plus tard...

Je m'écroulai, épuisée, les oreilles bourdonnantes.

- On est déjà fatiguée, Aylan ? me nargua Iset, la barde de mon groupe.

Avec un rire, elle entonna une mélodie qui me ramena des forces, tandis que je pouffais, gênée. Iset était la dernière arrivée dans notre légion. Comme beaucoup de bardes, elle était enjouée et enjôleuse. D'ailleurs, fallait-il reconnaître qu'elle avait de quoi l'être. Avec ses longs cheveux d'ébène et ses grandes prunelles lavande foncée, sa démarche élancée, bien des daeva des deux sexes lui avaient témoigné de l'intérêt. Intérêt qu'elle prenait plaisir à attiser, volant de coeur en coeur depuis des années.
Et surtout, derrière un joli minois, elle cachait également une guerrière féroce, que bien des daevas elyséens avaient regretté d'avoir croisée. C'était la raison pour laquelle je m'entraînais souvent contre elle au colysée, et qu'elle gagnait toujours. C'était une vraie chance de l'avoir de notre côté durant la bataille. Nous nous étions sauvé la vie plusieurs fois, et avec le temps, une grande amitié était née entre nous.  

- Certainement pas, lui répondis-je en me remettant en garde. Allez, ré-essaie, pour voir !
- Fini de jouer les filles, nous interpella Arkarus, spiritualiste de son état à la longue chevelure blanche et aux yeux de saphir. Lugorn a demandé à nous voir tous immédiatement. Apparement, le gouverneur a une mission pour nous.
- Enfin un peu d'action, commenta Iset d'un ton joyeux. On s'ennuie un peu ici...
- Sans plaisanter ? répliquai-je d'un ton moqueur. Alors que tu passes ton temps à faire la fête et à aller à des réceptions ?

Iset secoua sa longue chevelure brune :

- Ma chère Aylan, tu sais très bien qu'à mes yeux, rien ne vaut les voyages ! Et puis, cela fait longtemps que je n'ai pas pu composer une bonne épopée...

Nous nous réunîmes sans attendre dans le manoir richement décoré de Lugorn, le chef de notre légion. Ce dernier avait un faible pour les meubles en acajou. Certains d'entre nous étaient donc assis autour de la longue table laquée, les autres étaient debout à divers endroits de la pièce. Je me tenais dans l'extrémité gauche à côté d'Arkarus lorsque notre chef déballa une carte :

- Notre Gouverneur nous mandate sans tarder à Sarpan par le premier aéronef. Notre mission sera d'assister les Réians dans leur lutte.
- Les Réians ? fit Tia, la sorcière de notre légion en ouvrant grands ses prunelles rouges.
- C'est vrai, ce qu'on raconte à propos de ces imbéciles ? interrogea Bjorn, notre gladiateur, en croisant ses immenses bras musculeux.
- De quoi veux-tu parler, Bjorn ? demanda Lugorn d'un ton grave, mais où pointait un avertissement.
- On raconte que leur seigneur Kahrun a également signé alliance avec les élyséens et qu'il interdit formellement le moindre combat entre nous sur son territoire, déclara-t-il. Aussi, tu m'excuseras, chef, mais si cette mission comporte de devoir trinquer à côté de ces vermines à plumes blanches, je...
- Tu feras exactement ce qu'on te dira, Bjorn, un point, c'est tout, rétorqua Lugorn d'un ton sec en le fusillant du regard. Et oui, c'est un fait, les Réïans veulent se concentrer sur la menace Balaur, et c'est dans cet objectif qu'ils ont défendu tout combat entre asmodiens et élyséens sur leur territoire. J'étais dubitatif, moi aussi, mais force est de constater qu'ils semblent avoir obtenu des résultats via cette stratégie. Les vermines à plumes blanches, comme tu les appelles, détestent autant que nous les balaurs et les traquent avec enthousiasme. Ca nous fait au moins un point commun, même si c'est probablement le seul. Alors, nous allons accepter. Le gouverneur semble penser qu'Asmodae ne pourra qu'en sortir grandie. Et puis...

Il marqua une pause :

- Si nous faisons vraiment bien notre travail et boutons définitivement les Balaurs hors d'Atréïa, peut-être aurons-nous aussi une chance d'avoir les Réïans de notre côté face aux élyséens. Si nous contribuons à sauver leur peuple, qui nous dit qu'ils ne nous aideront pas en retour ?
- Ou ils pourraient très bien soutenir Elyséa, commenta à son tour Iset. Ce Seigneur Kahrun doit être un rien versatile pour avoir proposé des alliances à nos deux nations...
- Je suis d'accord avec Iset, dis-je à mon tour. Cela ne me dit rien qui vaille. Mais si c'est l'ordre du gouverneur, il va de soi que nous obéirons.
- Bah, dit Tia, le Seigneur Kahrun ne doit pas être plus versatile qu'un shugo, après tout. Si nous prenons l'avantage au cours de cette lutte, il verra bien de lui-même quel camp sera le plus intéressant à soutenir, non ? Il ne tient qu'à nous de lui montrer à quel point les élyséens sont incapables et néfastes. Quand partons-nous, chef ?
- Demain matin, à la première heure. Prévoyez des tenues en conséquences. Le climat de Sarpan est très chaud, comme à Elyséa. Inutile de venir en fourrure.
- Encore du soleil, génial, soupira Iset. C'est tellement mauvais pour le teint ! Je me demande toujours comment les élyséens font pour le supporter...
- Tu pourras leur demander, comme ça, répondis-je en ricanant. S'ils acceptent de te répondre...

 

 

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Aylin    1
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Chapitre 3 :

Le lendemain matin, je me rendis à l'aérodrome à la première heure et sourit en aperçevant Iset. Ma meilleure amie avait troqué sa robe rouge et ses collants pour un ravissant pantalon bouffant turquoise et un haut assorti découvrant le nombril dont les pans imitaient les ailes d'un papillon. Elle était magnifique vêtue ainsi. Pour ma part, j'avais simplement pris un haut de cuir à manches courtes, assorti au pantalon que je portais. Canon sur le dos, pistolets à la ceinture, et un petit dorion pour porter mon sac. J'étais équipée pour l'expédition.
A vrai dire, j'avais hâte de visiter Sarpan. J'avais entendu des merveilles sur cette région de Balauréa occupée par les Réïans et je savais que même si la plupart des asmodiens n'appréciaient pas le temps trop ensoleillée, ceux qui l'avaient visitée soutenaient que le palais du Capitole valait le coup d'oeil.

Lugorn ne tarda pas à arriver, dans une splendide, mais légère tenue d'officier blanche. Derrière lui, Arkarus faisait un grand contraste, vêtu d'une tenue noir et pourpre de l'hypérion qui lui donnait une allure de démon. Plus loin, Tia portait une robe rouge assortie et pourvue d'un décolleté à faire rougir les prêtres les plus chastes. Ses longs cheveux noirs étaient coiffés en une longue queue de cheval, mettant en valeur son visage aux grands yeux rubis. Elle était magnifique et dangereuse, comme à son habitude. Bjorn arriva torse nu et vêtu d'un simple pantalon blanc, son immense épée pendue dans son dos. Hum ! Visiblement, il avait pris les remarques de notre chef sur le temps chaud de Sarpan très au sérieux.

Nous embarquâmes sur le dirigeable. Le trajet fut sans histoire, les uns discutaient, Iset, Arkarus, Lugorn et moi nous lançâmes dans une partie de cartes.
Nous arrivâmes à Sarpan après une semaine de route. Iset regardait par les hublots, émerveillée :

- Il y a beaucoup de soleil, mais il faut reconnaître que c'est joli ! Tu as vu toutes ces fontaines ? Tous ces palmiers ! Et le palais du capitole ! Quelle drôle de forme, ces toits !

La fière cité de Kamar se tenait devant nous, prête à nous accueillir. Quand nous sortîmes du dirigeable, nous sentîmes aussitôt le vent brûlant de la cité sur nos peaux d'asmodiens. Il faisait vraiment très chaud. Je vis Iset sortir un éventail en soupirant.  Nous fûmes accueillis par un centurion dans une féroce armure, j'appris qu'il s'agissait de Crispin, un centurion de la légion de la Fatalité, et qu'il serait notre principal intermédiaire à Kamar. Il nous montra nos nouveaux quartiers et nous expliqua rapidement le contexte.

- Les réians ont des problèmes avec un nouveau capitaine balaur, arrivé sur un dredgion il y a peu. Il s'appelle Enlil. Lui et ses troupes sont redoutables. Il a réussi à éliminer trois Daeva depuis qu'il est arrivé ici.
- Pardon ? s'exclama Tia.
- Trois Daeva ? demanda Iset, l'air profondément choquée.

Nous étions immortels, nous ne vieillissions pas et presque rien ne pouvait nous tuer, nos corps régénérant grâce à l'éther. Cependant, si un ennemi réussissait à nous priver de notre essence d'éther pendant le temps où nous étions à terre, nous pouvions dans ce cas être détruits à jamais. C'était ainsi que les Daevas ayant trahis pouvaient être exécutés, comme cela était arrivé par le passé. Cela restait un procédé difficile, mais non impossible.

- Oui, vous avez bien entendu. Il a détruit trois Daeva, deux élyséens et un asmodien. Il a recueilli leurs essences sans aucune vergogne, les privant à jamais de toute réincarnation. Votre mission, si vous l'acceptez, sera de l'arrêter par tous les moyens. Par la même occasion, renseignez-vous un peu sur la technologie qu'il utilise pour arriver à prendre les essences des Daeva aussi facilement. Cela pourrait nous être utile, si vous voyez ce que je veux dire.
- Les élyséens font faire probablement la même chose de leur côté, dis-je avec un frisson.
- D'où l'intérêt que nous avons d'y parvenir avant eux, répondit Crispin. Je vois que vous comprenez l'urgence de la situation. Je peux donc compter sur vous ?

Lugorn avait écouté toute la conversation avec gravité. Il s'avança vers Crispin, inclina respectueusement la tête :

- La légion de l'Etoile Pourpre est à votre service, Crispin.
- Bien. N'hésitez pas à aller voir les réïans pour en savoir plus. Ils ont un corps d'élite, les tempêtes de sable, qui essaient d'obtenir des informations sur ce balaur et sa clique. C'est grâce à eux que nous avons appris le sort subi par ces trois daeva. Si vous désirez vous restaurer, il y a une belle taverne près du bazar. Mais prenez garde, les élyséens l'affectionnent aussi. Inutile de vous rappeler, je suppose, que nous avons promis au seigneur Kahrun de ne pas déclencher de bagarre ?
- Non, en effet, inutile de le rappeler, gromella Bjorn, les dents serrés.
- Pas de problème pour moi si eux aussi se tiennent tranquilles, rétorquai-je d'un ton furieux. Dans le genre provocation, ce ne sont pas les derniers hein...
- On doit vraiment manger dans la même pièce qu'eux ? grogna Tia. On ne peut pas commander de la nourriture à emporter ?
- Personnellement, je trouve que c'est tout de même meilleur lorsque c'est fraîchement préparé et que ça n'a pas refroidi dans le cube, répliqua Iset avec humour. Nous n'avons qu'à y aller dès à présent, il est encore tôt, avec un peu de chance, ils ne seront pas encore là. Puis, pourquoi ils seraient les seuls à avoir le droit de boire du bon vin de Kamar, hein ?

La cité était réputé vendre des alcools fabuleux. Cet argument eut vite raison des réticences de Bjorn. Ainsi mis d'accord, nous décidâmes d'aller tout de même à la taverne...

La taverne de Bivarus, qui était la plus renommée de Kamar, était déjà occupée par une troupe d'élyséens quand nous arrivâmes, mais des tables étaient disponibles de l'autre côté, assez loin d'eux pour que nous ne soyons pas trop mal à l'aise. Seuls Tia et Bjorn trouvèrent à y redire et nous suivirent en gromellant. Visiblement, le tavernier avait tout prévu.

- Bienvenue à vous, chers alliés asmodiens, voici le menu. Je vous recommande la viande de dragon épicée avec sa semoule.
- Et pour ceux qui n'aiment pas les plats trop relevés ? demanda Tia.
- Goûtez donc notre excellent curry de grande-crête au fromage, c'est une merveille !
- Voyez-vous ça, lança quelqu'un. Les froids asmodiens ne supportent pas les plats épicés ?
- Evidemment que non, répliqua un autre élyséen. Ils mangent de la viande crue et des insectes, tu vois, comme les bêtes sauvages qu'ils sont...

Tia se leva brutalement d'un bond, sa paume rougeoyante de feu, prête à brûler les deux élyséens insolents. Lugorn la retint vivement :

- Ils font exprès de nous provoquer, ne leur donne pas ce qu'ils veulent !
- Oh, vous voulez vous battre ? lança à nouveau l'un d'eux, un homme blond au teint mat et aux cheveux coupés courts.

Iset s'interposa :

- Pas aujourd'hui, très chers élyséens, voyez-vous, contrairement à vous, nous savons respecter notre parole et nous avons promis au Seigneur Kahrun de ne pas toucher à une seule de vos plumes délicates ! Mais je vais tout de même répondre à votre interrogation : comme Tia a voulu vous le démontrer, nous connaissons très bien l'usage du feu pour cuire le boeuf comme la volaille blanche et caquetante. En revanche, j'admets que nous mangeons des insectes et sachez que les beignets de lampyres frites, c'est délicieux. Même notre gouverneur en raffole, c'est un met raffiné qui s'exporte chez les autres peuples. Mais bien sûr, ce genre de raffinement est hors de portée de vos esprits. Maintenant, fichez-nous la paix. Kahrun a peut-être interdit les bagarres, mais fâcher une barde peut vous coûter bien plus que des plumes. Il y a des hommes mariés, parmi vous ? Parce que je peux vous lancer une mélopée qui rigidifiera vos petits vers de terre et vous ne pourrez pas vous repointer chez vos femmes et vos maris sans mourir de honte !

L'élyséen blond qui avait commencé les provocations se rassit, non sans un ricanement, tandis que nous nous étions tous figés. Mais visiblement, la répartie d'Iset les avaient laissés sans voix. Un tout petit rire se fit entendre, bien que très rapidement étouffé, sans doute face à des regards noirs. Néanmoins, je tournai la tête dans sa direction. Et c'est là que je le vis.
Je le reconnus instantanément, assis un peu plus à l'arrière de la table que partageait cette escouade élyséenne. La même chevelure châtaine, les mêmes grands yeux verts, les mêmes pommettes hautes. Mon coeur rata un battement. Comment cela était-il possible ? Il était un simple humain !
Non, malheureusement, il ne l'était plus. L'aura de pouvoir qui émanait de lui l'attestait. Je remarquais qu'un orbe d'un beau bleu brillant était attaché à son poignet droit. Il était devenu un sorcier.
J'avais entendu dire que certains Daeva faisaient leur ascension suite à un traumatisme. Peut-être était-ce le cas de celui-ci.
En l'épargnant, j'avais réellement commis une faute. J'avais donné à Elyséa un Daeva de plus...
Visiblement, lui aussi m'avait reconnue, car je crus voir une expression de stupeur passer sur son visage. Puis soudain, il m'adressa un petit sourire gêné, comme pour s'excuser du comportement de ses camarades. Un bref petit sourire, mais qui fit rayonner son visage un bref instant. Un instant suffisant pour que je ne souhaite qu'une seule chose : revoir ce sourire. Et je dus m'adresser une bonne claque mentale pour reprendre mes esprits et détourner le regard, mes joues en feu. Idiote !

Nos commandes venaient d'arriver sur la table en bois. Décidée à ne plus regarder en direction de nos ennemis, je plongeai le nez dans mon assiette de viande pimentée.  Iset me donna un coup de coude :

- Tu as intérêt à faire attention quand on sortira de la taverne. Le sorcier élyséen n'arrête pas de te mater.
- Ne dis pas de bêtise, gromellai-je en mâchouillant ma viande.
- Si, si, il essaie d'être discret, mais il te mate depuis tout à l'heure. Tu n'aurais pas tué un de ses camarades, par hasard ?
- J'ai tué beaucoup de camarades de beaucoup d'élyséens, répliquai-je en faisant un sourire sardonique.
- Ouais bah je n'aime pas ça. J'irais bien lui dire deux mots...
- N'en fais rien, rétorquai-je. Tu as entendu ce qu'a dit Lugorn. Si on répond à leur provocation, on est en tort devant le seigneur Kahrun et notre gouverneur nous passera un sacré savon. Tu as goûté la viande épicée de dragon ? Elle est excellente.

C'était très maladroit comme manière de changer de sujet de conversation, mais les questions d'Iset m'embarrassaient. Même à elle, je n'avais jamais révélé cette "bonne action" commise en mission dix ans auparavant. Et pourtant, elle avait elle aussi son histoire. Dans les premières années après son ascension, en effet, elle s'était retrouvée prisonnière de balaurs et s'était liée d'amitié avec une élyséenne dans sa situation. Elles avaient ensemble mis au point un plan d'évasion. Malheureusement, si Iset avait pu s'en sortir, son amie était morte. Ma barde préférée portait encore aujourd'hui le deuil de cette amie pourtant issue du peuple haï des nôtres...
Comme à son habitude, elle retrouva vite son insouciance lorsque l'un des Réïan sortit sa lyre. Aussitôt, elle brandit la sienne et se proposa de l'accompagner. Ils se lancèrent dans un morceau enjoué et aux tonalités orientales.
Iset, jolie Iset qui savait danser avec grâce en jouant. En un instant, toute la taverne avait les yeux sur elle. Même certains des élyséens s'étaient arrêté de boire et de manger pour l'observer. Ses longues boucles noires roulaient avec grâce sur ses épaules alors qu'elle tournoyait sur elle-même en jouant la mélodie. L'autre musicien lui-même avait du mal à se concentrer.
Mais en dépit de cela, je sentais deux grands yeux verts se poser régulièrement sur moi.
Le sorcier élyséen, cet homme que j'avais sauvé des années auparavant, continuait de me regarder. Lorsque nos yeux se croisèrent, je baissais vivement les miens, sentant mes joues me brûler. A quoi pouvait-il bien penser ? M'était-il reconnaissant, ou est-ce que depuis, il avait conçu de la haine à mon égard, réalisant que sans moi et mes compagnons, il aurait peut-être encore une maison ? Dans les deux cas, je ne voulais pas le savoir. J'avais bien le sentiment qu'il allait m'attirer des problèmes.
Par précaution, nous attendîmes que les élyséens sortent de la taverne en premier lorsque la soirée toucha à sa fin. Quand nous sortîmes, nous ne les croisâmes pas. Aussi, nous gagnâmes tranquillement nos quartiers. Je restai cependant à l'extérieur de la bâtisse pour prendre une bouffée d'air. Ce fut à cet instant, alors que je me croyais seule, que j'entendis une voix m'appeler.

-Excusez-moi, euh... Mademoiselle ?

Je me retournai d'un bond pour voir... L'élyséen de la taverne, ce jeune homme que j'avais sauvé dix ans plus tôt ainsi que sa fille. Que pouvait-il bien avoir à me dire, à moi, une ennemie déclarée ? J'étais stupéfaite de le voir s'adresser à moi aussi poliment.

- Que me voulez-vous ? demandai-je d'un ton plus agressif que je ne l'aurais voulu.
- D'abord, pardon pour la manière dont se sont comportés mes amis. Je sais bien que nous sommes en guerre, mais je pense tout de même que les ennemis ont droit au respect, surtout lorsqu'ils ont accepté de mettre nos différends de côté pour faire face aux balaurs. Pensez-en ce que vous voulez, mais je n'ai vraiment pas apprécié leur attitude. Votre camarade a eu raison de les remettre à leur place.

Je me radoucis instantanément, malgré moi :

- Ce n'est pas à vous de vous excuser, messire. Mais j'apprécie que vous vouliez rendre cette trêve plus supportable pour tout le monde. C'était cela que vous vouliez me dire ?

Il eut l'air soudain embarrassé :

- Non... Il y a autre chose. Je voulais vous remercier de nouveau. Pour il y a dix ans. Vous avez sauvé ma petite soeur.
Sa petite soeur ! En même temps, c'est vrai qu'il avait l'air très jeune à l'époque. Je me sentis d'un seul coup ridicule de l'avoir cru papa.
- Comment va-t-elle ? ne pus-je m'empêcher de demander. Dîtes-moi... Elle n'est pas devenue Daeva, elle aussi ?
- Non, pas du tout, répondit-il en souriant de nouveau. Elle est devenue chirugien et aide à la reconstruction de notre pays. Récemment, elle s'est mariée et ils m'ont donné une nièce.
- T... tant mieux, dis-je avec sincérité. Mais vous avez tort d'être reconnaissant envers moi. C'est peut-être moi qui ait détruit votre maison et blessé votre petite soeur, ou en tout cas... L'un des asmodiens qui se trouvaient avec moi ce jour-là.

Il eut un pâle sourire :

- C'est possible, en effet... Mais le fait est que vous l'avez sauvée. Vous me l'avez dit vous-même. Peu en auraient fait autant. Alors, prenez-le comme vous voulez, mais, maintenant que je suis un Daeva, avec ou sans la volonté de Kahrun, je refuserai toujours de vous combattre vous. Pour ma petite soeur.

Quel naïf... Il se pensait sincèrement avoir une dette envers moi. Cela avait quelque chose de touchant, mais de mortel. Pour son propre bien, il valait mieux lui sortir ce genre d'idée de la tête. Je répliquai d'un ton sarcastique :

- Prenez garde : il n'est point sûr que je vous rende la pareille.
- Soit. Après tout, ma vie vous appartient, vous auriez pu la prendre, à l'époque.
- Vous savez que rien que le fait de venir me parler pourrait être interprété par vos camarades comme un acte de trahison ?
- Détendez-vous, je n'allais pas vous offrir un verre !
- Il ne manquerait plus que ça, gromellai-je.
- Vraiment, vous refuseriez ?
- Vous vous fichez de moi ?

La question était purement rhétorique. Il se fichait de moi, c'était sûr. Et bon sang, c'était quoi ce sourire ? De nouveau, je sentis un feu monter à mes joues, heureusement que les asmodiennes ne peuvent pas rougir. Je me rendis également compte que mon coeur battait à tout rompre. Il faut dire qu'il y avait de quoi être nerveux. Que diraient mes camarades s'ils me surprenaient à faire la causette à un ennemi de notre peuple ?

- Pas du tout, répondit-il. Mais... je comprends bien que... Ca ne soit pas possible. Vraiment, excusez-moi, je ne sais pas ce qui m'a pris. Vous avez raison, c'était une mauvaise idée de venir vous parler. Je vous souhaite une bonne soirée.
- Attendez !

Le mot avait jailli de ma bouche avant que je n'eus le temps de réfléchir.

- Oui ?
- Je... Quel est votre nom ?
- Galaan. Et vous ?
- Aylan. Je m'appelle Aylan.
- Bonne nuit Aylan, dit-il d'une voix douce. Peu importe si vous me tuez un jour, je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. Et peu importe que je sois un élyséen et vous une asmodienne, je ne me résoudrai jamais à penser du mal de vous...

Il s'éloigna enfin, me laissant complètement pantoise.

 

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Aylin    1
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Annexe : point de vue de Galaan

Je l'avais enfin revue, après tout ce temps.
Notre première rencontre avait été terrifiante. Elle m'avait donné le sentiment d'être un faible insecte alors qu'elle me dominait de toute sa hauteur, plumes d'ébène et prunelles couleur sang. La vision la plus cauchemardesque de ma vie, durant quelques secondes. J'avais été presque incrédule lorsqu'elle avait eu ce geste d'humanité envers Ella. Et ses traits s'étaient gravés à jamais dans ma mémoire.

Mais à présent, j'avais eu la chance de la voir souriante et d'humeur apaisée. Et là, ô stupeur.
Ses yeux n'étaient pas rouges hors des combats, non. Ils étaient d'un magnifique améthyste pâle. Sa peau avait une belle couleur ivoire. Ses cheveux étaient d'un brun chaud tirant sur le roux et élégament bouclés. A vrai dire, sans les griffes et la crinière dorsale, elle aurait pu ressembler à une femme de chez nous.
Elle n'avait rien d'une bête féroce comme disaient mes camarades. Elle était humaine. Réellement humaine, tout comme moi. J'avais bien senti à quel point notre discussion l'avait embarrassée.
Mais ses yeux ne m'avaient pas lancé de regard haineux. A aucun moment elle n'avait semblé avoir réellement envie de m'attaquer, malgré ses dires. Et elle avait beau dire, je sentais au fond de moi que lorsqu'elle nous avait sauvé, ma petite soeur et moi, il s'était agi d'un pur acte de compassion. Aylan avait beau être une asmodienne, elle n'était pas mauvaise. Je lui avais parlé avec mon coeur, me souciant peu de ce qu'elle allait penser. Et je savais qu'elle le savait.
Pour la première fois depuis mon arrivée à Sarpan, j'étais heureux.
Heureux qu'il y ait une alliance, heureux de ne pas avoir à combattre un asmodien. Je n'avais jamais vraiment cessé de penser à elle, ces dix dernières années, et j'avais toujours prié, lorsque je combattais des asmodiens, pour ne pas être l'artisan de la mort de l'un de ses proches.
Ce qui m'inquiétait à présent, c'était cette envie grandissante de la connaître, de lui parler encore.
Elle avait raison, toute autre conversation privée entre nous était exclue. Ce serait de la trahison envers nos peuples.
Qu'Aion me pardonne, mais je ne voulais pas voir Aylan comme une ennemie.
Etait-ce vraiment un crime ?

- Dis-moi un peu, Galaan... C'était quoi ce manège avec la pistolero asmodienne, tout à l'heure ? Je t'ai vu la reluquer. Tu as un problème avec elle ?

Mon ami Ivankar semblait intrigué par mon attitude. J'hésitais un bref instant... Avant de me confier à lui.

- Tu te souviens de l'asmodienne dont je t'ai parlée ? Eh bien, tu ne vas pas me croire ! C'est elle ! Ici, à Sarpan !
- Celle qui a sauvé ta petite soeur ?
- Voilà. Je voulais juste la remercier convenablement. Je n'ai rien fait de plus.
- Je ne vois pas pourquoi, gromella-t-il. Tu n'aurais pas eu besoin de son secours, si sa légion n'avait pas détruit ton village.

Je lâchai un soupir :

- Je ne sais pas. Disons que cela ne diminue en rien ma reconnaissance.

Ivankar me tapota l'épaule :

- Tu as toujours été beaucoup trop gentil, Galaan. Prends garde, cela ne fera que t'attirer des ennuis. Ce n'est pas parce que cette asmodienne a eu pitié de toi quand tu étais humain qu'elle en aura aujourd'hui. Tu ferais mieux de ne pas perdre de vue qu'elle reste notre ennemie et...
- Je sais, répliquai-je d'un ton furieux. Je n'avais aucune intention de lui parler davantage, si tu veux savoir !

Je savais que je mentais, en disant cela. Mais à présent, j'étais revenu sur la voie de la raison. Grâce à Ivankar.
Lorsque nous rejoignîmes nos quartiers pour la nuit, je m'endormis avec peine. En effet, dès que j'eus fermé les yeux, je vis malgré moi surgir en rêve les prunelles violettes d'Aylan.


Chapitre 4 :

Nous n'eûmes pas le temps de nous reposer bien longtemps. En effet, Crispin vint nous tirer du sommeil en pleine nuit, l'air alerte.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Lugorn en tirant aussitôt son épée.
- Un village réian près du désert de Jotun est la cible d'une attaque ! Ils ont appelé au secours, il faut y aller aussi vite que possible !

Inutile de vous dire que nous avons sauté sur le transport éthéré pour nous envoler au plus vite vers le lieu dit. J'espèrais que nous arriverions à évacuer quelques-uns des civils sans défense.
Quand nous arrivâmes sur les lieux du carnage, nous comprîmes aussitôt que les rumeurs concernant le balaur Enlil et ses troupes n'étaient pas exagérée. Les élyséens étaient déjà sur place et nous en vîmes tomber deux comme des mouches suite à un bombardement venu du dredgion. Ce vaisseau cauchemardesque déployait ses longues ailes effilées, tirant mille pluies de feu sur la petite cité, qui n'était déjà plus qu'un tas de basalte fumant. De toutes parts, des civils tentaient tant bien que mal de fuir, mais pour beaucoup ce fut peine perdue.
Un brave père de famille tentait de protéger sa femme et ses deux enfants blottis derrière son dos d'un guerrier balaur qui le menaçait de son épée. Avant que je n'eus le temps de faire un seul geste, il l'empala cruellement sur son épée. Cette vision m'emplit d'une telle colère que sans hésiter, je chargeai un canon fantasmagorique et le visai.
Mon attaque eut l'effet d'une piqûre de guêpe. Tout juste fut-il projeté au sol, mais se releva habilement avant de foncer droit sur moi. La peur au ventre, je courus à l'autre bout, sautai sur un toit renversé dans l'espoir de me mettre hors de sa portée.
Une prise d'éther me paralysa violemment, et une douleur fulgurante me frappa le dos lorsqu'il la relâcha et que je chutai. Je me retrouvai à plat ventre dans le sable, incapable d'utiliser la moindre attaque, ne pouvant voir que la mort arriver sur moi, sous la forme d'une longue épée pointue. Une pierre scintillait sur la poignée et je compris, en sentant un brusque malaise m'envahir, qu'il allait m'extraire mon éther. J'allais mourir, là, maintenant.
Une voix claire, lumineuse, que je reconnus aussitôt incanta un sort et soudain, le balaur fut écrasé par une énorme roche de feu. Je me redressai et tournai la tête pour voir Galaan me faire un petit clin d'oeil avant de disparaître aussi vite qu'il était venu. Bon, au moins, il avait payé sa dette, comme ça. J'avais sauvé sa vie, il venait de sauver la mienne. J'entendis un cri derrière moi : Iset et Tia étaient aux prises avec un autre de ces monstres.
De nouveau, j'armai mon canon, visai et tirai.
Cette fois, le cavalier balaur qui avait attaqué mes deux amies fut désarçonné, un autre tir fit exploser son crâne. Nous allâmes nous porter aux secours de Lugorn qui venait de se lancer à l'assaut du chef d'escadrille. Celui-ci projeta une onde de choc qui fit vaciller notre chef, qui tomba sur le dos. Sa grande lame siffla...
Une stalactite de glace projetée par Tia lui frappa le poignet, l'empêchant de donner le coup fatal. Lugorn se redressa d'un bond et d'un grand coup de lame, il lui trancha le bras. Le Balaur poussa un rugissement de douleur et de colère. Déjà, il brandissait son autre main pour nous frapper d'un rayon d'énergie. Je n'eus pas le temps de tirer, ma main trembla sous le choc...
A cet instant, une mélodie connue retentit et le balaur se teint brutalement la tête : Iset venait de lui briser les tympans d'une attaque, lui faisant perdre l'équilibre. Retrouvant mon sang-froid, je brandis mon révolver et mon tir l'atteignit en pleine tête, l'achevant définitivement.
Encore sous le choc je me laissai tomber à genoux, suivie par Iset. Autour de nous, les autres membres de la légion semblaient essoufflés. Ce combat avait été l'un des plus âpres que nous ayons vécu.
La population nous acclama, mais j'avais la tête ailleurs.
Je ne pus m'empêcher de penser à Galaan. Comment allait-il ? Avait-il pu en réchapper ?
Je me giflai mentalement. Galaan avait remboursé sa dette envers moi ; maintenant, il était de nouveau un ennemi, un de ces elyséens à qui jamais je ne devrais faire de quartier. Rien de bon ne pouvait sortir d'une relation ne serait-ce qu'amical avec l'un d'eux.

Nous rentrâmes à Kamar et conduîmes Bjorn dans nos quartiers. Il récupérerait facilement après un bon repos. Nous ressortîmes pour dîner, mais je n'étais pas sûre d'avoir de l'appétit, tant le massacre m'avait écoeurée. Cet Enlil...
Je pris une bouffée d'air frais tout en m'avançant sous les palmiers, laissant la sérénité calmer mon esprit en ébullition. Soudain, une voix retentit derrière moi.

- Aylan ! Vous allez bien ? Les balaurs ne vous ont pas blessée ?

Diantre, mais que faisait-il là ? Mon coeur fit une vrille alors que je m'efforçai de reprendre contenance.

- Par les Seigneurs Shédim, Galaan, mais êtes-vous fou ? Venir prendre des nouvelles ainsi comme si nous étions bons amis...
- Nous pourrions l'être si vous étiez moins stupide, répliqua le sorcier en me toisant. Ma sollicitude à votre égard était sincère.
- C'est vous qui êtes stupide, répliquai-je froidement. Vous vous pensiez une dette envers moi parce que je vous ai épargné dans le passé, mais c'est terminé, à présent, vu que nous sommes quittes. Si nous nous recroisons hors de la juridiction de Kahrun, je...
- ...vous me tuerez ?

Je fis mine de ne pas entendre la nuance de tristesse dans sa voix, ne prêtai pas attention à l'étrange émotion qui manqua de me nouer la gorge.

- Exactement, répliquai-je d'un ton féroce. Je vous tuerai, comme j'ai tué bon nombre de vos camarades. Vous êtes élyséen, je suis asmodienne. C'est ainsi et pour votre propre bien, vous feriez mieux de vous en souvenir !

Je vis ses yeux verts s'emplir d'une lueur de colère et je craignis d'être allée trop loin. Lorsqu'il parla de nouveau, sa voix était d'une froideur mortelle.

- N'ayez crainte, je m'en souviendrai, désormais. Si vous voulez bien m'excuser...

Il s'éloigna et j'eus l'impression d'avoir avalé quelque chose de très amer.

 

 

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